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Confiné.e et misanthrope ou comment positiver en 2021

Crédits photographie : Visuel libre de droit

"J'ai toujours mes papiers d'attestation de déplacement bien renseignés. En prévision du troisième confinement, je les remplis à l'avance ; ils remplacent désormais les éphémérides."

Fin d'année 2020, je me suis fait une promesse. Non pas sous la forme des sempiternelles résolutions à prendre, que personne n'a jamais pu tenir beaucoup plus d'une semaine... Non, je me suis promise de débuter 2021 avec le sourire aux lèvres, non pas en faisant tendre en moi la corde d'un espoir déraisonnable, mais en consolidant ma démarche intellectuelle avec une logique probabiliste. En parlant plus simplement aux 98% de ceux qui intègrent les statistiques de la décrépitude de l'éducation et de la culture, je dirais : 2020 fut à ce point horribilis dans mon annus que je n'ai aucune raison de ne pas porter un regard bienveillant sur l'année d'après.

Donc, 2021, tiens-toi bien : me voilà. Je suis sûre que, vous aussi, vous vous êtes faits cette réflexion : on ne peut avoir que de l'upside, comme ils disent sur la côte ouest des Etats-Unis. Les vacances scolaires furent donc douces, d'autant que je n'ai pas d'enfants. Tous les bistrots étaient fermés, ce qui évitait les désordres éthyliques de fin de soirée, empestant les rues de vomi. La ville était calme, les gens espacés, ils avaient peur de s'approcher trop près les uns des autres, ce qui empêchait les habituelles conversations, qui tournaient le plus souvent autour de sujets météorologiques, ou les compliments virils quotidiens du genre : "Oh, t'es trop bonne !". 

Ce constat faisant, je me suis aperçue que je suis antivax. Non pas dans le sens du complotisme ou dans le sens où le vaccin est chargé de nanoparticules permettant de nous géolocaliser et ainsi de cerner nos habitudes et ainsi de nous pousser à acheter des choses inutiles : cet argumentaire ne me touche pas, je m'en fous, car j'ai déjà un compte Facebook. Non, si je me suis surprise à être antivax, c'est que d'ici peu, lorsque l'immunité aura touché suffisamment de personnes, les glands pourront de nouveau sortir. Je veux dire, il y en a déjà beaucoup, pour nous faire patienter, sur les plateaux télé, mais après, comme avant, il y en aura partout.

Ces temps-ci, ils prennent quasiment exclusivement la forme de politiques qui cherchent à défendre le fait que leur "stratégie" vaccinale n'est pas optimale. Ce qui me pousse à deux réactions : d'une part, comment peut-on avoir l'aplomb de se défendre face à cela ? Relire l'enseignement des sophistes... D'autre part, moi ça me va bien : moins vite ça va, plus les autres seront lobotomisés rapidement devant Netflix, ce qui permettra par ailleurs à ceux sus-mentionnés qui doivent se défendre de le faire sans que cela nécessite trop d'efforts par la suite. Si c'est ça le "grand reset", je signe plutôt deux fois qu'une... D'ailleurs, voici une bonne définition de la politique, je trouve : faire en sorte de paraître toujours un tout petit peu moins gland que ceux à qui tu parles.

Au demeurant, je m'y suis faite, à ce climat délétère. Moi, j'ai toujours mes papiers d'attestation de déplacement bien renseignés. En prévision du troisième confinement, je les remplis à l'avance ; ils remplacent désormais les éphémérides. Je peux même faire preuve de zèle en indiquant aux autorités, si bien sûr elles sont présentes dans mon kilomètre de rayon, celles et ceux qui n'ont pas trouvé bon de respecter la loi et de braver le pouvoir en place. Je n'en tire aucun bénéfice, c'est pour le bien de la communauté. Je prends aussi plaisir au commande-retrait, et je suis satisfaite de voir les livreurs petit à petit prendre la place des ouvriers. J'ai investi dans un écran plat et je pense que je ne mettrai plus jamais les pieds dans un cinéma. Trop de bruit, trop de promiscuité, trop de popcorn, trop de la faune décrite ci-dessus.

Oui, chers complotistes, vivement ce monde dépourvu de lien social...