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George Floyd et le côté obscur de la Fed

Crédits photographie : Visuel libre de droit

George Floyd serait mort pour avoir fait passer un faux billet de 20 dollars. La Fed, quant à elle, en imprime des milliards, dépréciant par là-même la valeur du billet vert...

La Fed a davantage contribué à l’enrichissement de Donald Trump que de la communauté noire

Le 25 mai, George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans, est décédé après avoir été arrêté par la police, le soupçonnant d’avoir voulu écouler un faux billet de 20 dollars. Lors de l’intervention, un agent a maintenu son genou sur son cou durant de longues minutes. « Je ne peux plus respirer », l’entend-on dire.
Le 10 juin, Jerome Powell (le président de la Fed) a souligné que la crise avait accentué les inégalités, que les destructions d'emplois étaient plus fortes dans les métiers peu qualifiés et touchaient davantage les minorités. Il a aussi rappelé l'engagement de la Fed : « Il n'y a pas de place pour le racisme à la Fed et il ne devrait pas y en avoir dans notre société ».
Un commentaire politique qui sort des prérogatives du patron de la Banque centrale américaine. D’autant plus que la Fed porte sa part de responsabilité dans l’augmentation des inégalités au sein de la société américaine.
La Fed, en imprimant de la monnaie, fait augmenter les prix de l’immobilier, des actions, de l’alimentation. Les gagnants sont les plus aisés qui voient une augmentation de la valeur de leur patrimoine. Les perdants sont les plus pauvres, dont la majorité des revenus sont absorbés par la hausse des coûts de la nourriture et du logement.

La crise économique ne va rien arranger…

Les Noirs ont déjà payé un lourd tribut à l'épidémie de coronavirus (Les Afro-Américains représentent 13,4 % de la population et 26,1 % des cas de Covid-19).
Ils figurent également parmi les premières victimes de la crise économique. D’après la Fed, le PIB des Etats-Unis devrait chuter de 6,5% en 2020. Or les Afro-Américains occupent majoritairement des emplois peu qualifiés et susceptibles de disparaître rapidement avec le ralentissement économique. Le taux de chômage moyen devrait ainsi s'élever à 9,3% en 2020 (3,5% avant la pandémie). Le taux de chômage des travailleurs noirs a continué à monter en mai à 16,8% tandis qu'il a reculé à 12,4% pour les travailleurs blancs.

… au moment où les inégalités de revenus et de patrimoines n’ont jamais été aussi élevées

Les écarts de revenus atteignent 60% entre Noirs et Blancs. Et si l’on compare avec les autres minorités raciales, les Noirs restent marginalisés en terme de patrimoine. En effet, il est difficile de se constituer un patrimoine avec des revenus plus faibles et un taux de chômage plus élevé. Ainsi, le patrimoine moyen des ménages blancs est environ 6,5 fois supérieur à celui des ménages noirs.

Les salaires stagnent, le prix des actifs s’envole

De 2000 à 2018, la croissance des revenus des ménages américains n’a progressé que de 0,3% par an (impactée par deux récessions). En revanche, l’indice boursier S&P 500 a été multiplié par 3 en l’espace de 10 ans.
Or les plus modestes, et notamment les Noirs, possèdent peu d’actifs. Ils n’ont bien souvent que leurs bras à offrir.
En maintenant une politique de taux bas (impactant peu l’investissement et la consommation), la Fed alimente des bulles et donc les inégalités entre ceux qui possèdent des actifs et ceux qui n’en possèdent pas.
George Floyd serait mort pour avoir fait passer un faux billet de 20 dollars. La Fed, quant à elle, en imprime des milliers de milliards, augmentant la base monétaire et dépréciant par là-même la valeur du billet vert qui ressemble de plus en plus à un billet de Monopoly, dont les opérateurs de marché se débarrassent en investissant dans des actifs.

La Fed a davantage contribué à l’enrichissement de Donald Trump que de la communauté noire

La mort de George Floyd a été le révélateur des discriminations et des inégalités dont sont victimes les Noirs aux Etats-Unis. Il y a eu l’espoir, puis la déception après les deux mandats de Barack Obama où se succèdent les violences raciales et les crimes haineux. C’est d’ailleurs lors du second mandat que naît le mouvement Black Lives Matter ("les vies des Noirs comptent").
Donald Trump, le candidat des « petits Blancs » déclassés, majoritairement ruraux et sensibles pour les plus radicaux d’entre eux à un discours identitaire, est propriétaire d’un gros patrimoine et bénéficie de la « bouffée d’oxygène » fournie par la Fed, contrairement à une communauté noire « asphyxiée » économiquement et qui risque de voir son pouvoir d’achat s’éroder prochainement à cause d’une vague inflationniste, conséquence de ces multiples programmes de Quantitative Easing. La double peine, en quelque sorte.
Il est ainsi piquant de voir cette institution dénoncer des inégalités qu’elle a elle-même contribué à créer et continue d’entretenir. Jerome Powell devrait méditer cette citation de Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. »