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Les marchés financiers se sont-ils convertis au macronisme ?

Crédits photographie : Visuel libre de droit

Le macronisme, c’est l’optimisme et l’absence de prise avec le réel. Comme la Bourse de Paris en ce moment, qui a enregistré une de ses meilleures semaines depuis 2011...

Dans l’idéologie macronienne, l’individu prime sur le collectif. L’individu dont il faut libérer les énergies, développer la mobilité, et que notre président veut mondialisé, déraciné et sans repères. Exactement comme les investisseurs en ce moment : la Bourse de Paris a enregistré une de ses meilleures semaines depuis 2011, alors que les indicateurs économiques tournent au rouge vif.

Le macronisme, c’est l’optimisme et l’absence de prise avec le réel

Les effets de la pandémie sont dévastateurs pour l’économie. En France, les dernières projections pour 2020 font état d’un PIB en baisse de plus de 11% et une dette publique culminant à 120% du PIB. Pourtant, les indices boursiers sont en marche vers de nouveaux sommets. Il y a de quoi être perplexe. Personne ne s’attendait à une reprise aussi vigoureuse des indices après une baisse aussi forte. Le rebond a eu lieu avant même d’avoir atteint le plus fort de la récession. Les « déclinistes » prédisaient une deuxième vague de baisse qui n’est pas arrivée, car ils sous-estimaient la puissance de l’optimisme macronien : en pleine baisse des marchés, c’était le moment de « faire des bonnes affaires en Bourse » (Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’Etat à l’économie). L’économie réelle n’a plus de prise sur les indices boursiers qui paraissent totalement déconnectés, tout comme notre président qui ignorait (avant le mouvement des gilets jaunes) les difficultés des classes moyennes et populaires dans notre pays. Le monde réel sombre dans une grave dépression : vague de licenciements, faillites, et le CAC 40 vient de franchir à la hausse la barre des 5000 points et continue son ascension. «Sky is the limit » dirait l’ancien banquier.

« L’argent magique » existe bien…

Les marchés sont drogués aux liquidités des banques centrales, et les opérateurs boursiers savent qu’ils sont protégés. Les Bourses monteront si l’économie repart. Elles monteront également si l’activité ne repart pas car les banques centrales réinjecteront de la liquidité dans le système : « Pile je gagne, face je ne perds pas ». C’est gagnant-gagnant, ou plutôt « win-win » dans le jargon macronien.

… et permet de financer le « quoi qu’il en coûte »

Le temps où le chef de l’État s’emportait contre « le pognon de dingue » placé dans les minima sociaux et les dépenses de santé semble bien loin. Le ministre Denormandie en vient même à regretter la mise en œuvre d’une baisse généralisée des APL de cinq euros en 2018. C’est dire.

La « planche à billets » comme planche de salut

Emmanuel Macron laissera derrière lui une sacrée ardoise avec un endettement record et une augmentation des inégalités. On ne se souviendra pas d’un grand président mais d’un communicant ayant compris que ce qui importe pour un homme politique n’est pas d’anticiper et d’agir mais de donner l’illusion et de faire croire : « Il n’y a pas eu de pénurie de masques ». Pourtant, des masques et des tests en quantité suffisante auraient permis d’éviter un confinement moyenâgeux rappelant davantage l’ancien monde que le nouveau. Mais peu importe les dégâts économiques et sociaux engendrés par cette décision car si l’on a bien compris une chose depuis quelques mois, c’est que plaie d’argent n’est pas mortelle. L’argent magique existe, et c’est Christine Lagarde marraine la bonne fée. Car la BCE paiera ! Elle vient même d’annoncer l’augmentation de 600 milliards d’euros de son programme d’achat d’urgence en cas de pandémie (PEPP) lancé en mars, portant son montant à 1.350 milliards d’euros. Ce qui permettra d’acheter la totalité des dettes souveraines qui seront émises dans l’UE. Les banques centrales financent directement les Etats et mènent la danse autour du volcan, car si la liquidité est une chose, la solvabilité en est une autre, et l’augmentation de l’endettement va contribuer à la zombification de l’économie. Les banques centrales reprennent donc les bonnes vieilles recettes du passé et continuent de repousser les problèmes en ajoutant de la dette, alimentant un monde de bulles, et prouvant par là même qu’il est difficile de se « réinventer ». C’est aussi ça le macronisme : l’art de faire du neuf avec du vieux. Le monde d’après ressemble furieusement à s’y méprendre au monde d’avant, mais en pire.