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Quel est le nom de la Bourse dans des économies étatisées ?

Crédits photographie : Visuel libre de droit

Complètement déconnectée de la réalité, la Bourse s’abreuve des liquidités gigantesques déversées par les Etats et les Banques centrales.

S'il a chuté lors d’un krach d’une rapidité sans précédent historique, l’élastique est parti dans l’autre sens quasiment aussi vite : en l’espace de deux mois, l'indice Nasdaq a repris près de 45% (!!) et se rapproche de la barre, inatteignable il y a encore peu, des 10.000 points. Les configurations techniques traduisent les ruptures successives des résistances à la hausse des indices, la volatilité se dégonfle petit à petit et les volumes d’échanges redeviennent fournis. L’optimisme des investisseurs semble inaltérable.

Et les chiffres dantesques du chômage aux États-Unis ou en Europe ? Et la chute du PIB réévaluée dernièrement par Bruno Le Maire à -11% sur l'année 2020 en France ? Bad news is good news, la Bourse s’en moque.
Et la nouvelle montée des tensions sino-américaines avec Hong Kong qui devient un territoire où s’affrontent les volontés hégémoniques des deux superpuissances ? La menace de la remise en cause de la phase 1 de l'accord commercial signé en janvier ? Ce ne sont que des coups de menton sans lendemain, la Bourse s’en moque.
Et les monceaux de dettes qui s’accumulent ? Les taux d’intérêt vont rester durablement bas ou négatifs et, au pire, elles seront transformées en dettes perpétuelles... ou simplement effacées, la Bourse s'en moque.

En fin de compte, la question à se poser semble plutôt : pourquoi la Bourse baisserait-elle ? Car, pure émanation du système capitaliste, elle se satisfait très bien d’un environnement où les risques sont pris en charge par des entités nationales et supranationales. Les courbes de taux sont administrées du début à la fin, l’étatisation de l’économie concerne la plupart des pays où les gouvernements pallient l’arrêt forcé de l'activité par un creusement abyssal des déficits (mais avec la contrepartie d’une plus grande souveraineté dans le fonctionnement des entreprises, ce qui pose d'ailleurs question quand on connaît l’aptitude historique de l’Etat à prendre de bonnes décisions et sa tendance à la gabegie).

Comment appelle-t-on une Bourse qui affectionne des économies étatisées, voire soviétisées ? A quel moment joue-t-elle encore son rôle de financement ? C’est un nouveau concept du monde d’après pour lequel il faudra trouver un nom. Peut-être un livret A survitaminé ? Un livret F, comme Fake ? En attendant, le fait que ces liquidités échappent à l’économie réelle et à l’inflation en allant se déverser dans des actifs financiers ou dans l’immobilier n’arrange rien aux inégalités. La température de la cocotte minute sociale va encore monter d'un cran lorsque la colère des nouveaux chômeurs se retrouvera à battre le pavé aux côtés des autres vieilles revendications structurelles. Mais la Bourse s'en moque : elle est déjà passée dans le camp de Che Guevara.