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Top 5 des meilleurs restaurants clandestins de Paris

Crédits photographie : Visuel libre de droit

Tout le monde en parle mais personne n'a le courage de donner des noms. Sur un plateau, voici quelques adresses sympathiques...

Après que certains journaux nous ont révélé que certains restaurateurs faisaient survivre dans l'ombre et l'illégalité les saveurs incomparables de l'art de la table français, nous avons décidé de mener une investigation à notre tour. Celle-ci a été rendue plus facile du fait de nos nombreuses connexions dans les milieux de la magistrature (procureurs notamment), de la police ou encore de la politique, qui représentent la majeure partie de ces convives "réfractaires".
Alors, quelles sont les meilleures tables interlopes de Paris ?

1. Le plus dépaysant : Shaolin Pangolin.
Rue des Malmaisons, métro Porte de Choisy.

La devanture est sobre, seul un dragon rouge sang permet de distinguer qu'il s'agit là d'une adresse qui fleure bon la Chine derrière. Avant même de franchir le seuil, votre nez est imbibé de doux effluves de pangolin en ragoût. Vous vous présentez à un Monsieur un peu austère à travers une porte à oeil de boeuf grillagé qui vous laisse entrer en fonction de votre bonne étoile du jour. Vous passez alors devant une pancarte où il est inscrit "Ouïghours acceptés sur déclaration", prouvant par la même le caractère respectable de l'établissement et son ouverture au monde. Vous laissez votre smartphone et votre code de sécurité associé au Monsieur austère qui surveille les entrées (car on vous a rappelé très justement que cet objet était inutile pour passer une bonne soirée) ; il vous le restituera aimablement à la fin de votre repas. Vous êtes alors dirigé à votre table après avoir préalablement effectué un test rectal au Covid-19, selon les nouvelles normes sanitaires de la République populaire. Si les premières minutes assis.e sur votre siège peuvent vous paraître longues et inconfortables, surtout si vous aimez manger épicé, le reste du repas sait dissiper très rapidement toute déception. La succession de pangolins travaillés en sauces, à la broche, mitonnés à la cantonaise, fait frémir vos papilles. La cuisine, destructurée, fait exploser les saveurs en bouche pour un animal exotique que nous n'avons pas encore l'habitude de déguster dans notre pays, sauf par l'intermédiaire de ses virus-hôtes. Vous terminez cette escapade gustative repu. Avant de sortir, un petit pochon rempli d'une double dose de vaccin, rappel inclus (ce qui peut expliquer le succès de ce restaurant étant donné qu'il n'y pas de vaccins disponibles en France), et d'écailles de pangolin vous est remis gracieusement. Vous apprenez à l'occasion que les Chinois, dans leur pays, prêtent à ces écailles des propriétés miraculeuses. Par souci d'instaurer la confiance et de fidéliser la clientèle, les restaurateurs ont indiqué sur le pochon "Certifié sans puce de traçage ni nanoparticules". On aimerait autant de transparence de la part de notre gouvernement...

2. Le plus insolite : Le gourmet de Saint-Ex
Boulevard Suchet, métro Jasmin

Pour les nostalgiques des vols en avion. La société N., boulevard Suchet, réserve aux initiés une expérience gastronomique inédite à l'intérieur de ... simulateurs de vols. Compte tenu de la crise qui cloue quasiment tous les appareils sur le tarmac, les dirigeants de l'entreprise ont eu la bonne idée de recycler leur matériel en proposant aux clients avertis de renouer, l'espace de quelques heures, avec le plaisir de "voir le bas d'en haut". Vous montez alors dans un cockpit où est installée une petite table pour deux personnes. L'endroit, exigü, favorise la promiscuité et s'adresse aux couples plutôt jeunes et en bonne santé. Car le simulateur restitue en effet le vol d'un vieil ATR 42, un avion à turbopropulseurs que vous pouvez encore emprunter sur certaines lignes désertiques telles que Paris-Aurillac. Ces appareils servent surtout en France à désenclaver les territoires les plus reculés de la République (vue jacobine d'une Parisienne). En contrepartie, il faut donc avoir le coeur bien accroché... Au moment de passer la commande, vous choisissez le paysage que vous souhaitez survoler, le degré et le moment des turbulences (à éviter en fin de repas, il y en a qui ont essayé...) et les menus, dont les prix et la qualité sont graduels, et sont associés à des noms de compagnies aériennes. Les meilleurs menus sont évidemment ceux des compagnies du Moyen-Orient. Un conseil : si vous voulez bien manger, ne choisissez pas les compagnies françaises...

3. Le plus "premier de cordée" : Le caviar à la louche
Boulevard du Montparnasse, métro Vavin

Un secret de polichinelle pour ceux qui naviguent dans les eaux troubles du pouvoir. L'adresse, qui a changé temporairement de nom, est prestigieuse et les rideaux tirés. C'est là que, dernièrement, le président y a fêté sa victoire du premier tour. Chaque soir, le passant qui tend tant soit peu l'oreille près des vitres soupçonne qu'il s'y passe quelque chose de louche. Ceux du sérail (ou plus précisément de la loge) y entrent par l'arrière et se retrouvent pour deviser des stratégies alternatives de confinement et de couvre-feu autour des meilleures bouteilles de vin réquisitionnées des restaurants fermés des alentours. On y rit à gorge déployée, on se plante le nez au ciel, on se mouche dans les étoiles. Le centre côtoie l'extrême droite, l'extrême gauche : l'étiquette politique n'a plus d'importance autour d'un homard. On croise d'ailleurs d'anciens ministres qui souhaitent préciser qu'ils détestent le caviar et qu'ils ne prennent jamais de champagne... Avant de se resservir en Cheval Blanc. On croise d'actuelles ministres qui vantent les mérites du lissage brésilien. On signe des contrats, on parle Mutuelles de Bretagne. On retrouve d'anciennes connaissances qui nous ont bien manqué : une porte-parole qui nous assure qu'elle ne sait toujours pas mettre correctement un masque ou un ancien garde du corps qui flanque quelques pains en fin de soirée à des insoumis. Pour l'ambiance. Question plats, si vous réussissez à vous faire coopter, inutile de préciser qu'ils sont 3 étoiles...

4. Le plus social : Au clown triste
Rue de Beaujolais, métro Pyramides

Vous payer pour passer une soirée avec une célébrité ? Cela vous tente ?... Depuis que la crise a mené à la fermeture des cinémas, des salles de théâtre et autres lieux de fête, de convivialité et de moments ludiques en présentiel, les rôles sont inversés. Un restaurateur étroitement lié au milieu du spectacle a vu progressivement dépérir ses amis acteurs, comiques, etc. et a souhaité freiner cette lente mais inéluctable tendance à la dépression. Son idée est simple : placer devant chaque personnalité, de manière aléatoire, un client lambda. S'il réussit à le faire suffisamment rigoler, alors il passe au plat suivant, et ainsi de suite. La célébrité paie donc le dîner de son vis-à-vis à hauteur de ce qu'il a été talentueux à la sortir de sa torpeur et de sa crise existentielle. Si ça ne lui plaît pas, le client se fait virer sans sommation et la célébrité termine seule le menu. L'expérience est intéressante, les plats tout à fait honorables. Révisez votre recueil de blagues avant de sortir car si vous tombez sur un François Berléand de mauvais poil et que vous lui faites une mauvaise blague d'antivax, vous rentrerez à la maison avec deux ou trois cacahuètes dans le ventre...

5. Le plus cathartique : Jules vous emmerde
Rue de Charonne, métro Bastille

Ce restaurant n'en est pas vraiment un. Et le nom n'en est donc pas vraiment un non plus. Considérez plutôt cela comme un leitmotiv, un credo, comme dans le Mandalorian ("Telle est la voie."). "Jules vous emmerde" : vous tomberez nez à nez devant cette pancarte sur la porte d'entrée d'un grand appartement du quartier de la Bastille loué par une petite dizaine d'étudiants. Comme ils n'ont plus la possibilité de faire des petits boulots, le plus souvent dans la restauration, ils se sont dits que s'ils ne pouvaient plus aller au client, ce sont les clients qui viendraient à eux. Le concept est simple : vous payez dix euros l'entrée et vous atterrissez dans une sorte de no man's land dont le décor rappelle vaguement celui du restaurant Derrière dans le 3e arrondissement. C'est une friche d'enclos de gars de 20 ans, ou une jungle où ce qu'il y a à manger, ou plutôt à picorer, prend la forme de chips, de pâté, de rillettes, de guacamole, de pétards, de packs de Kro... Bref, le genre de soirée typique de jeunes. Quel intérêt me direz-vous ? Et bien il réside dans une sorte de mouvement collectif cathartique à pulvériser les effigies des personnalités politiques qui ont été disposées préalablement dans tout l'appartement : vous jouez aux fléchettes sur la photo du PM, vous découpez du saucisson sur celle d'un ministre de la Santé, et je ne vous raconte pas l'aménagement des toilettes... Les fins de soirées se terminent en général en orgies proches d'une épiphanie sectaire. Tout est oublié... jusqu'au lendemain. Ce lâcher-prise vaut bien le prix du ticket d'entrée...