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Palais de l'Elysée, jour 55 du confinement

Crédits photographie : Visuel libre de droit

Les auteurs de la pièce de théâtre Le Grand Saigneur, Marianne Serfa et Sébastien Bérard, nous donnent les raisons du besoin urgent de déconfinement.

Jupiter entre furieux dans la pièce où l'attend son second, Philippe Gérard.
Jupiter : Il faut qu’on déconfine. Fissa.
Philippe Gérard : Qu’est-ce qui vous arrive ? Vous avez l’air hébété. On dirait un lapin de garenne pris dans des phares de voiture.
Jupiter : C’est mon épouse. Elle tourne en rond dans ce palais et ne supporte plus l’isolement. Je viens de me prendre une de ces branlées, encore… Au train où ça va, je vais me faire crucifier avant d’être panthéonisé.
Philippe Gérard : J’ai la même à la maison. L’avenue Montaigne leur manque.
Jupiter : C’est vrai que vous n’avez pas non plus l’air à la fête, ça se voit à votre barbe. Il est temps que les teintureries rouvrent : vous commencez à ressembler à Fleur moufette.
Philippe Gérard : Merci…
Jupiter : Vous avez entendu parler de sa nouvelle lubie, à la mienne ? Elle voulait remplacer Nemo par un pangolin.
Philippe Gérard : C’est qui Nemo ?
Jupiter : Vous savez, le chien. Money en verlan.
Philippe Gérard, reste silencieux.
Jupiter : Elle m’a forcé à appeler Xi pour lui demander s’il n’en avait pas un en réserve.
Philippe Gérard : Et que vous a-t-il répondu ?
Jupiter : Que cette denrée se faisait rare et qu’il fallait choisir.
Philippe Gérard : Entre quoi et quoi ?
Jupiter : Entre un pangolin et un milliard de masques.
Philippe Gérard : Ils perdent pas le Nord, ces Chinois. Dès qu’il s’agit de pognon, tout est rare. Et alors ? J’ose espérer que vous avez privilégié le bien commun.
Jupiter : Devinez.
Philippe Gérard : Tout ce que je vois, c’est que nous n’avons toujours pas de masques.
Jupiter : Ben voilà… Les choses ne sont pas aussi simples quand vous êtes tenu en joue avec un lanceur LBD.
Philippe Gérard : Mais on ne les avait pas déjà payés ces masques ?
Jupiter : Si.
Philippe Gérard : Ça fait cher du pangolin… Le peuple va être furax.
Jupiter : On enverra Cibette pour leur dire que les masques, ça sert à rien. De toute manière, ils ne comprennent rien à rien, les déplorables. Au pire on leur dira comment en fabriquer eux-mêmes. Avec du sopalin.
Philippe Gérard : Il ne faut peut-être pas non plus les prendre que pour des demeurés…
Jupiter : Et c’est pas fini : deux jours après avoir reçu la bête, elle en a eu marre (en même temps, qu’est-ce que c’est con cet animal…). Et elle a appelé Bernard Arnault. Vous voyez pourquoi ?
Philippe Gérard : Pas bien non.
Jupiter : Pour qu’il en fasse un sac.
Philippe Gérard : Elle a toujours été en pointe sur la question du recyclage.
Jupiter : Mais Bernard ne voulait pas prendre de risques et travailler sur un spécimen contaminé. J’ai donc dû contacter l’antivirus pour qu’il pratique les examens nécessaires sur ce machin.
Philippe Gérard : L’antivirus ?
Jupiter : Didier Raoult… J’ai dû bousculer mon agenda pour aller le voir en catastrophe à Marseille, avec la bestiole à l’arrière de la bagnole. Avec ses griffes, elle a défoncé tous les sièges de la 5008.
Philippe Gérard : C’est fâcheux.
Jupiter : Donc, s’il vous plaît, mon cher Philippe, déconfinez. Vous ne vous imaginez pas à quel point elle m’emmerde avec ses conneries. C’est que j’ai un pays à faire tourner, moi… Déconfinez, quoi qu’il en coûte.