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Impôts : mais où va donc notre argent ?

Crédits photographie : Visuel libre de droit

La France est championne du monde de la fiscalité, que ce soit sur les particuliers, les entreprises ou en termes de prélèvements sociaux. Et pourtant, notre société se délite sous les coupes budgétaires publiques.

Je le concède, le titre est racoleur, voire démagogique. Et pourtant...

"La vie de la nation doit continuer", a dit notre président. Celle de nos finances publiques est assurément bien vivace avec l'ouverture ce lundi de la campagne de déclaration de l'impôt sur le revenu. Alors que notre ministre de l'Economie inonde les médias de son air grave, de paroles emplies d'angoisse parlant tour à tour de récession, de chute du PIB, de pire crise depuis un siècle, je constate que la baisse des impôts promise ne l'est manifestement pas pour tout le monde.

La France est championne du monde de la fiscalité, que ce soit sur les particuliers, les entreprises ou les prélèvements sociaux. Et pourtant... Et pourtant, notre société se délite sous les coupes budgétaires publiques.

Prenons, en premier lieu, l'économie, si chère à nos gouvernants. Le confinement a anéanti l'économie réelle, c'est indéniable. Mais si nous refaisons le fil de cette crise, le sacrifice de l'économie n'est que la résultante de l'incapacité de l'Etat à assurer la protection des actifs. Pas de masques, pas de test, mais également pas assez de services de soins. D'autres pays, tels que le Corée de Sud ou l'Allemagne, ont admirablement mieux géré la crise économique grâce à des capacités de protection de leurs populations.

En second lieu, le système de santé. La part des finances publiques affectée à la santé est identique en France et en Allemagne. Or, en Allemagne : 50.000 lits de réanimation ; en France : 5.000. Les salaires de l'hôpital public sont si bas que nombre de professionnels de santé partent vers les structures privées. Ces derniers avaient pourtant alerté sur leurs difficultés. Leurs revendications n'ont reçu que gaz lacrymogènes et petites phrases.

En troisième lieu, l'éducation nationale. Les suppressions de classes se multiplient, le salaire des enseignants fait perdre toute attractivité à la fonction.

En quatrième lieu, les aînés. La crise des EPHAD bouleverse la France. Mais parler EPHAD nécessite de parler de l'avant. Et des retraites. Pendant des mois, en plein débat sur la réforme des retraites, ils nous ont expliqué qu'il fallait travailler plus, qu'on était jeune à 65 ans et qu'après la réforme, la valeur du point ne baisserait pas. Or, le maintien du confinement des plus de 65 ans a été évoqué car ces derniers constituent une population à risque. Trop âgés pour aller acheter leur pain mais assez jeune pour aller à l'usine. Parallèlement, notons que si les modalités d'indexation du point garantissait, selon leurs dires, l'absence de baisse, la réforme prévoyait un plafonnement du coût des retraites à 14% du PIB. Le PIB étant en chute de 8% pour 2020 selon le ministre de l'Economie, ce dernier peut-il toujours nous assurer de l'absence de baisse des retraites?

En cinquième lieu, la classe moyenne. Cette dangereuse France périphérique polluante, qui fume des clopes et roule au diesel. Pas assez éduqués pour être transcendés par la question climatique, l'adjonction d'une nouvelle taxe devant les faire revenir à la raison (en appuyant par delà leur matraquage fiscal). Aujourd'hui, dans une immense bienveillance, une prime défiscalisée de 1.000 euros serait accordée à ceux qui ont bravé le coronavirus pour permettre le maintien des besoins essentiels (prime pour tous... à voir si l'on en croit les récentes directives des groupes de la grande distribution).

Enfin, un an après l'incendie de Notre-Dame, nous devons avoir également une pensée pour la culture. La préservation de notre patrimoine est désormais subordonné à un "loto" du patrimoine. L'expression de notre histoire se défait, tombe en ruine, mais Anish Kapoor ou Paul McCarthy trouvent de généreuses subventions publiques.

Ils ont des larmes pour l'économie mais ont failli à sa préservation. Ils ont des larmes pour l'hôpital mais ont scalpelisé son budget. Ils ont des larmes pour l'avenir des enfants mais ont supprimé des classes. Ils ont des larmes pour les personnes âgées mais ont voulu la paupérisation des retraites. Ils ont des larmes pour la classe moyenne qui fait vivre la nation mais ont accueilli leurs revendications avec des LBD. Ils ont des larmes pour Notre-Dame mais ont renoncé à la protection de notre patrimoine culturel. La crise du coronavirus révèle la faillite de la gestion budgétaire de nos gouvernants aveuglés par leur idéologie qui tue la nation à petit feu.

J'ai parfaitement conscience qu'au parcours de ces lignes, certains me taxeront de privilégiée. Que ces derniers le sachent : j'ai parfaitement conscience de faire partie des privilégiés, d'être du "bon" côté de la mondialisation, d'avoir eu un espace vital suffisant lors de ce confinement. Et pourtant je suis fière de payer des impôts, de contribuer à la solidarité nationale, de cette participation financière qui constitue un lien commun, de vivre dans un pays où l'hôpital ne trie pas ses patients selon le plafond de leur carte de paiement, où l'école universelle offre à chacun, quelles que soient ses origines sociales, l'espoir d'un avenir meilleur, où chacun peut, après une dure vie de labeur, profiter d'une retraite et où, à défaut d'avoir permis la continuité de l'activité économique, 8 millions de mes compatriotes ne sombreront pas dans le surendettement grâce au chômage partiel. Je suis fière et consentante de payer pour cela. Mais je refuse de payer pour les dépenses dispendieuses et idéologiques de nos gouvernants.

Je ne conteste pas la fiscalité, je conteste son usage par nos gouvernants. ou plutôt son non-usage pour le bien commun, pour la nation, pour son peuple. Nul snobisme dans ce texte, un humble appel au retour du bien commun. Et une question : où va l'argent?