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Ode au capitalisme... non financiarisé !

Crédits photographie : Visuel libre de droit

Il y a corrélation parfaite entre l'explosion de la financiarisation du capitalisme, le développement de l'économie de marché et la désindustrialisation des pays occidentaux.

Chaque crise voit resurgir les marottes habituelles dans la recherche du coupable idéal. Et parmi elles, la revendication anti-capitaliste. Si le slogan est excessif, il mérite néanmoins de s'attarder sur la question du capitalisme et le sens de son évolution.

Originellement, le capitalisme naît dans les sphères protestantes. C'est notamment la thèse de Max Weber dans "L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme". Ce premier capitalisme est un capitalisme entrepreneurial et repose sur une anthropologie chrétienne. Il allie la sphère temporelle et la sphère spirituelle. La motivation de l'investissement (facteur de la croissance) repose sur le renoncement au plaisir immédiat de son argent au profit de son placement, en espérant qu'il portera ses fruits pour les générations futures. En cela, on observe la symétrie qui existe avec l'esprit chrétien : l'investissement nécessite de surmonter son désir pulsionnel et de porter son espérance dans la volonté de transmission, considérant le bénéfice dans l'au-delà de sa propre existence. Faire résider son intention dans un au-delà, c'est s'inscrire dans une anthropologie chrétienne. 

Ce premier capitalisme repose sur le temps long, l'absence de satisfaction immédiate et s'inscrit résolument dans un fond chrétien. Son succès est étroitement lié au fait qu'il fait appel à un fond humain qui ne lui est pas propre, mais antérieur à son existence.

Le 20e siècle a vu apparaître le capitalisme financier, devenu hégémonique. Ce "second" capitalisme se distingue du capitalisme entrepreneurial en ce qu'il rompt avec l'anthropologie chrétienne qui présidait au "premier" capitalisme. Dépourvu de socle spirituel le précédant, ce capitalisme a une sphère temporelle tout à fait différente : il repose sur le temps court, l'immédiateté. C'est la recherche du profit, du rendement immédiat, du gain hic et nunc. L'anthropologie du capitalisme financiarisé est totalement différente, c'est une anthropologie de rupture directement issue de la philosophie anti-cléricale des Lumières. Par la disparition du fond chrétien, elle bouleverse totalement le positionnement de l'homme face à la société. Dépourvue de racines, d'héritage, elle favorise l'individualisme et l'instantanéité. Au-delà, la mutation de l'économie qu'elle induit trouve également résonance dans la structure sociale de la société. La consécration de cette nouvelle anthropologie s'illustre au début des années 70 qui, au-delà de l'émergence de l'économie de marché, voit également un bouleversement des rapports à la famille et aux droits individuels. C'est le remplacement de l'anthropologie chrétienne par l’anthropologie néo-libérale.

Pourquoi ces considérations anthropologiques sont-elles déterminantes ? Si le virus est un fatalité, les moyens de protection ne le sont pas. Or, depuis le début de la crise, notre vulnérabilité repose pour une grande partie sur la difficulté à nous procurer les moyens de protection. Masques, gel, surblouses, médicaments, tests. Notre monde que l'on croyait d'opulence a révélé ses pénuries et son incapacité à assurer notre propre production. Notre pays (et un grand nombre de pays occidentaux) souffre de sa désindustrialisation entamée dans les années 70.

C'est là que l'on mesure les conséquences de la mutation du capitalisme et du basculement anthropologique consacré. Il y a corrélation parfaite entre l'explosion de la financiarisation du capitalisme, du développement de l'économie de marché et la désindustrialisation des pays occidentaux. L'ambition du profit immédiat a conduit à optimiser les coûts de production en organisant la délocalisation des productions dans des pays à bas coût de main d'oeuvre et aux normes sociales et environnementales laxistes.

Alors, si la diatribe anti-capitaliste est grossière, une fine analyse du capitalisme permet de comprendre les mécanismes qui ont conduit à notre fragilité actuelle et nous donne une source d'inspiration pour penser le "monde d'après".