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Lettre à Michel Onfray

Crédits photographie : Visuel libre de droit

L'évènement politique de la semaine passée est assurément le lancement de la revue "Front Populaire".

Cher Michel Onfray,

Initialement séduite dès l'annonce de votre projet d'union des souverainistes de tous bords, je me permettrai de vous présenter humblement les deux réserves majeures que j'y formule désormais, tenant pour l'une au symbole du nom et pour l'autre au risque de l'essentialisation.

En baptisant votre revue "Front Populaire", vous colorez résolument votre projet dans l'héritage incontournable de la gauche française des années 1936 à 1938. C'est bien sur ce point que je vous propose de réfléchir. Vous avez à coeur de rappeler l'exigence de faire de la généalogie, de l'histoire, je vous propose ici mon analyse. Si le gouvernement du Front Populaire consacra de réelles avancées sociales, il contribua ardemment, "et en même temps", à forger les fondations de la débâcle de 40 et l'effondrement de notre pays dans les décennies qui suivirent. Alors que l'on enjoignait  les Français à organiser leurs vacances nouvellement accordées et à profiter de la réduction du temps de travail, Hitler entamait sa gigantesque opération de militarisation. Nos dirigeants, intransigeants dans leur dogmatisme pacifique, excluèrent de fait toute intervention militaire, alors même qu'une intervention précoce face à une armée allemande seulement balbutiante aurait pu entraver la propagation du totalitarisme. On connait aujourd'hui les conséquences de cette terrible erreur, outre la défaite de 1940 et l'horrible bilan humain : la création de l'Union Européenne par le libérateur américain (je vous renvoie aux magnifiques travaux de votre contributeur Philippe de Villiers) dont vous aimez rappelé le nom "overlord".

Aussi, à l"heure où d'autres totalitarismes menacent la France (islamique, indigéniste...), je m'interroge sur l'opportunité de ce nom. La France reste un pays de tradition chrétienne et monarchique où la place du symbole et de l'incarnation est prédominante et à ce titre, le nom de votre projet me laisse perplexe. Non que j'aurais imaginé que le nommiez "La France d'abord", ce qui vous aurait fait renier votre essence de gauche, mais j'aurais aimé qu'une référence à la France y figure.

Rebondissant sur cette question de "France", c'est également la réserve que j'émets quant à la phrase slogan de votre projet : "Rassembler les souverainistes de droite, de gauche, de partout et de nulle part". Une nouvelle fois, aucune référence à notre pays. Vous aimez à parler de souveraineté, de souverainistes (tel est d'ailleurs le titre du premier numéro de votre revue) mais sans acceptation in concreto. En érigeant ce terme tel un étendard, il me semble que vous tombez dans l'écueil de son essentialisation (alors même que vous combattez ardemment cette approche de la philosophie). Vous aurez remarqué le dévoiement dont souffre ce terme depuis la dernière crise sanitaire où chacun de nos dirigeants, y compris nos gouvernants libéraux et mondialistes, s'en revendiquent. Or il est évident qu'il ne s'agit pas la même souveraineté pour chacun. Notre président aime à parler de souveraineté européenne, d'autres courants veulent faire émerger une souveraineté régionale. Et vous ? Souveraineté étant un nom commun, il nécessite qu'on le qualifie afin de lui donner sa force, son amplitude, sa prégnance. A vous avoir écouté, je n'ignore pas que vous parlez de la souveraineté de la France. Mais pourquoi ne pas l'avoir a minima érigé ? Pourquoi ne pas avoir défini votre projet comme une volonté de rassembler les défenseurs de la France souveraine ?  Il me semble que cette imprécision laisse entrevoir un certain flou ou du moins une certaine adaptabilité de votre ligne éditoriale. Vous engagez aujourd'hui un combat de David contre Goliath et je ne peux que vous rappeler que votre Goliath a de multiples visages et pourrait bénéficier de cela pour imprégner subtilement votre projet.

Alors, cher Michel Onfray, je finirai cette correspondance en vous disant que je garderai une attention particulière à votre séduisant projet, ne serait-ce que pour le respect intellectuel que je vous porte, mais que ce que je vous ai précédemment exposé, et notamment votre volonté de gommer le nom "France" de vos drapeaux, me laisse perplexe quant à sa finalité.