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Combien restera-t-il de records à Roger Federer ?

Crédits photographie : Visuel libre de droit

Le paradoxe de Federer : lui qui a fait voler en éclats tous les standards de son sport est le principal responsable de l'explosion de Nadal et Djokovic, qui sont en train, petit à petit, de rogner ses records.

Le dernier rendez-vous tennistique de l'année a débuté ce dimanche à Londres. Mais le Masters, qui verra pendant une semaine se départager les huit meilleurs joueurs du monde, brille aussi par l'absence de Roger Federer. Opéré une deuxième fois de l'autre genou, le Maître n'a plus foulé un court en compétition depuis l'Open d'Australie. Une année quasi entière, amputée par le coronavirus qui a figé pendant un certain temps le classement ATP. Federer se retrouve donc miraculeusement n°5 mondial alors qu'il devrait normalement errer dans les profondeurs, avec juste les points de sa demi-finale de Melbourne. Pendant ce temps, ses deux principaux concurrents à marquer l'histoire de ce sport, Nadal et Djokovic, ont profité de 2020 pour réduire les écarts, notamment sur les records les plus emblématiques : le nombre de victoires en Grand Chelem pour le premier, le nombre d'années passées numéro un pour le second. Alors, la question se pose : que restera-t-il à Federer au bout du compte ?

Le nombre de victoires en Grand Chelem : peu probable
Le 11 octobre de cette année, Nadal a marqué encore un peu plus les esprits en s'adjugeant un 13e Roland Garros. Le nombre est absolument dantesque, et contribue aux deux tiers de l'ensemble de ses grands tournois gagnés en carrière. Ce faisant, il a fait d'une pierre deux coups en égalant pour la première fois de sa carrière Federer au nombre de victoires en Grand Chelem : 20. Soit dix années de victoires cumulées à eux deux...
La question est désormais de savoir si Rodger est capable d'ajouter quelques unités à son palmarès, alors que l'âge va commencer à vivement se faire ressentir : 40 ans en août prochain. A cela s'ajoute l'incertitude de son état physique après ses opérations aux genoux, même s'il est un spécialiste des comebacks comme il l'a prouvé début 2017. Plus le temps passe, plus ses chances s'amenuisent, et il ne lui restera guère que Wimbledon comme terrain de chasse, tandis que Rafa semble rester compétitif sur quasiment l'ensemble des surfaces. Ce record paraît donc compromis à terme.

Le nombre de semaines classé numéro un mondial : impossible
Dans moins de dix semaines, Novak Djokovic égalera la marque de 310 semaines cumulées à la place de numéro un mondial. Un record que chaque observateur pensait indépassable il y a encore quelques années. Le fruit de la régularité, pour un athlète serbe peu blessé depuis 2011, qui ne fait pas non plus les affaires de Federer. On le voit en effet difficilement revenir, même pour un temps, sur le toit du monde tennistique : cela nécessite de gagner au moins un tournoi du Grand Chelem et plusieurs autres de catégories secondaires sur une année glissante, tout en misant sur des défaillances de ses adversaires. Mission impossible, même si le bonhomme a de la ressource.

Les records de régularité de Federer seront en revanche durs à battre
Mais s'il est un domaine, outre l'élégance, où Rodger est un maître incontesté, c'est bien celui de la régularité. Cela est surtout dû au fait qu'il n'ait été que très rarement blessé - au moins jusqu'à ces dernières années. De fait, les records reflétant sa longévité tiendront a priori un bon bout de temps. Parmi ceux-ci, le nombre de victoires et de titres en carrière, toujours en possession de Connors, mais qui devraient finir par tomber, si ce n'est en 2021, du moins l'année d'après. D'autres records semblent absolument inatteignables, tels que le nombre de demi-finales consécutives dans les tournois du Grand Chelem (23!) et de finales consécutives (10). Il lui restera également ses huit titres à Wimbledon.

Au faîte de sa carrière, Federer disait avoir créé un monstre devant l'incompréhension des observateurs de le voir perdre en demi-finale de l'Open d'Australie en 2008. Il avait presque raison : son insolente suprématie a finalement créé deux monstres, Nadal et Djokovic, pour finir par former une hydre à trois têtes qui a régné pendant deux décennies sur le tennis mondial. C'est là le paradoxe de Federer : lui qui a fait voler en éclats tous les standards de son sport pour arriver à son firmament est le principal responsable de l'explosion de ses adversaires qui sont en train, petit à petit, de rogner ses records.