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Jacques Attali a prédit. Vous êtes prévenus.

Crédits photographie : Visuel libre de droit

Dix ans plus tard… Sommes-nous tous ruinés ?

« Je suis revenu pour vous dire que le malheur est sur vous, Gaulois (…) Je vous avais prévenus » (Le Devin, Astérix)

Economiste, écrivain, éditorialiste, lobbyiste, conseiller d’État, ex-conseiller spécial, chef d’orchestre, on ne compte plus les multiples casquettes portées par l’énarque expert en tout en perpétuel transit, et qui publia en 2010 un livre au titre évocateur : « Tous ruinés dans dix ans». Puisque nous sommes en 2020 (dix ans plus tard), quoi de plus normal qu’un état des lieux afin de savoir si nous sommes effectivement « tous ruinés ».
Dans l’ouvrage susmentionné, l’ennemi juré de Jacques Attali s’appelle la dette : « S'endetter, c'est mourir de peur : peur d'affronter les enjeux du présent et choisir de les reporter sur les autres [...] Le pire cas de figure : s'endetter pour servir l'intérêt d'une dette ». Jacques Attali est formel : « Il faut d’abord agir en priorité par la réduction des dépenses ». Il prédit : « Nous avons devant nous dix ans de rigueur pour résorber la dette. » Il menace : « Si la tendance actuelle n’est pas rapidement inversée, une crise majeure s’annonce en effet : l’État français pourrait se révéler un jour - plus proche qu’on ne croit - incapable de financer le fonctionnement normal de ses services publics les plus fondamentaux [...]. » L’économiste en rajoutait même une louche en juillet 2017 : « Les gouvernements et les entreprises verront le coût de leurs emprunts augmenter massivement et certains devront faire des économies massives, sous peine de faillite. »
La faillite de l’Etat français… Rien que ça !
On se souvenait de François Fillon, chef du gouvernement d’alors, qui avait affirmé en septembre 2007  « être à la tête d’un Etat qui est en situation de faillite ».
Bis repetita placent.
Mais tout ça, c’était avant Emmanuel Macron et le « quoi qu’il en coûte ».

Une erreur d’analyse

Jacques Attali a sous-estimé l’action des Banques centrales. « Il est fini le temps où les Banques centrales décidaient seules des taux ; le marché est plus fort qu’elles. » (2015). Et bien non, Jacques Attali, ce sont les Banques centrales qui mènent la danse et qui, en manipulant les taux, permettent aux Etats de continuer à assurer le service de leur dette qui apparaît de moins en moins comme un problème. Ce que l’écrivain finit par concéder en avril 2020 : « Comment remboursera-t-on les dettes que les Etats accumulent ? Et si leur poids n’est pas un problème, pourquoi ne pas les avoir augmentées beaucoup plus, et beaucoup plus tôt ? [...] Explosion de l'endettement [...] Faut-il s'en inquiéter ? Pas nécessairement. »
Ouf, nous voilà rassurés ! Les Banques centrales vont continuer de se comporter comme des « Madoff légaux » (2011), au grand dam de notre écrivain qui pense toujours que le système n’est pas tenable, comme il le rappelle en juin 2020 : « On ne peut pas espérer que les Banques Centrales, ces constructions abstraites, fabriquant un argent abstrait, réussissent durablement à masquer l’absence de réponses à ces questions. Un jour, qui n’est pas très lointain, on verra qu’elles ne sont que des fictions. Et tout s’effondrera. » Mais quand ? « Je ne sais, nul ne sait, si cela aura lieu dans deux, cinq, ou dix ans. Ou avant. La seule chose certaine est que cela aura lieu.» L’autre chose certaine est que cela n’aura visiblement plus lieu en 2020… La prévision est décidément plus un art qu’une science.

Les conseillers ne sont pas les payeurs

Le problème de tout prévisionniste est qu’il fait un pari et prend un risque : celui de se tromper. Mais s’il peut se tromper en étant de bonne foi, il peut aussi dire des choses qu’il sait inexactes, parce qu’au service d’une idéologie. Et l’un des plus grands mensonges reste celui de l’Europe libérale de Maastricht qui n’a pas tenu ses promesses, et dont l’un des plus ardents thuriféraires reste Jacques Attali, qui ne s’est toujours pas repenti. « Quand on dit que l’Europe de Maastricht créera des emplois, ça reste vrai. Il se trouve que le traité de Maastricht n’est pas encore appliqué. Lorsqu’il le sera, il est évident qu’il y aura une très forte croissance qui en découlera, car nous aurons un grand espace économique avec une monnaie unique. » (1996). Rappelons que c’est le traité de Maastricht (dont Jacques Attali a contribué à la rédaction) qui pose les fondements de l’euro et institue notamment la Banque Centrale Européenne, dont l’action est vivement critiquée par Jacques Attali. L’économiste ressemble de plus en plus au docteur Frankenstein qui, horrifié par ce qu’il a créé, abandonne son « monstre ». « La Banque Centrale Européenne se trouve aujourd’hui obligée de faire exactement le contraire de ce que lui dictent les traités : prêter à des Etats pour financer leurs dettes » (juillet 2014).
Nous sommes aujourd’hui dans des marchés administrés, déconnectés de l’économie réelle qui est « soviétisée », sous perfusion permanente, avec une Union Européenne qui ressemble de plus en plus à l’URSS, une « construction abstraite » réalisée contre la volonté des peuples et déconnectée de la démocratie.

« Je propose mes services : santé, amour, travail, famille… »

Jacques Attali est un auteur prolixe. Il donne des conseils sur tout et à tout le monde, et même aux restaurateurs tout récemment pour les pousser à innover et redéfinir les contours des métiers de bouche. Propos jugés « ridicules » par Philippe Etchebest. Comme dit le proverbe : « Chacun son métier, les vaches seront bien gardées. »
Sur certains sujets, l’expert a cependant vu juste. En 2009, dans son livre « La crise, et après? », Jacques Attali évoque la possibilité d'une « pandémie incontrôlable ». Sur d’autres sujets, en revanche, c’est la bérézina. On se souvient notamment de la fulgurance de l’analyse concernant Emmanuel Macron : « un aimant qui attire la chance » et du souverainisme qui « n’est que le nouveau nom de l’antisémitisme. » Que pense d’ailleurs le chantre du libéralisme du récent virage souverainiste de son poulain Emmanuel Macron ? Pas sûr que ce dernier prête encore une oreille attentive au gourou. Mais nul n’est prophète en son pays, et il est toujours plus difficile d’être considéré par ses compatriotes que par les étrangers (est-ce pour cela qu’il twitte en anglais ?).
A force de mener trop de vies parallèles, on finit par perdre pied avec le réel, ce qui se comprend lorsqu’on préfère agiter une baguette de chef d’orchestre à Londres, plutôt qu’une merguez dans un rond-point en France. Le conseiller ultra-connecté (via les réseaux sociaux) nous explique toujours avec un aplomb considérable ce que nous devons faire, penser et vivre. Mais il répète au final toujours le même morceau. Jacques Attali, se voulant visionnaire, réalise des projections alarmistes en nous expliquant que le pire est possible, même s’il n'est pas certain.
Ce que l’on peut prédire sans trop de difficultés, c’est que d’ici un an, Jacques Attali prédira l’explosion de la bulle financière, une nouvelle pandémie, la fin de la démocratie et la prochaine guerre mondiale. Au moment où l’on saccage les statues d’hommes illustres et notamment celle de Voltaire, rappelons cette citation de l’illustre écrivain : « Le premier devin fut le premier fripon qui rencontra un imbécile. »