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Plaidoyer pour que Michel Blanc change de nom

Crédits photographie : Visuel libre de droit

Michel Blanc... Il va de soi que le choix de garder ce nom finira par discréditer l'ensemble de son oeuvre.

Je ne regarderai plus le Père Noël est une ordure de la même façon depuis que le mouvement antiraciste m'a ouvert les yeux sur la signification véritable du mot "blanc". L'Oréal, manifestant son dévouement dans la lutte contre l'obscurantisme, a enfin enlevé nos oeillères en nous révélant que, finalement, les couleurs n'existent pas. Ça fera ça de moins à apprendre à l'école :

Le groupe L’Oréal a décidé de retirer les mots blanc/blanchissant (white/whitening), clair (fair/fairness, light/lightening) de tous ses produits destinés à uniformiser la peau.

Blanc, adjectif qui a traversé l'Histoire en faisant écho aux pires turpitudes de haine, d'esclavage, d'aliénation des peuples, je renie ton héritage. Blanc, adjectif honni, abject, tu seras désormais marqué du sceau de la mauvaise conscience. Blanc, sale mot, impropre, tu paieras pour les crimes de tes ancêtres. Blanc, je ne peux même plus te voir en écriture.
Le déboulonnage des statues n'était donc qu'un avant-goût du monde d'après. Mais si faire un grand ménage de printemps dans l'Histoire des civilisations s'impose (ce qui suppose d'éradiquer une bonne moitié d'"oeuvres", statues, peintures, livres, films, etc. de la surface de la terre), il ne faut pas oublier que, devant nos yeux, les signes d'oppression subsistent également dans la vie de tous les jours. C'est pourquoi il faut être attentif à chaque détail et ne faire aucune concession dans ce combat juste et salutaire de notre génération.
Et pour laver plus blanc que blanc, pardon, pour épurer proprement, il s'agit de faire les choses avec ordre, avec méthode, et ne pas laisser la place à une quelconque tentation de baisser la garde. L'Histoire, dans ce sens uniquement, a été riche d'enseignements et il convient de juger de nouveau, par exemple, de la bonne pratique des autodafés. Chacun, citoyen des Lumières - et non des couleurs -, doit porter sur la place de Grève virtuelle tout symbole susceptible de heurter la bonne conscience universelle dans un nouvel élan collaborationniste. J'ai relevé, de mon côté, des vestiges intolérables qui ont encore pignon sur rue. Voici, pour n'en citer que quelques-uns.
Michel Blanc... Ce n'est plus possible. Il va de soi que le choix de garder ce nom finira par discréditer l'ensemble de son oeuvre (car tout n'est pas encore à jeter dans sa filmographie) : ce qui sépare le comique du grotesque se mesure maintenant à l'aune du politiquement correct du nom des acteurs. Bien sûr, il pourrait choisir de se faire appeler Michel Noir, mais ça pourrait prêter à confusion avec l'autre escroc.
Il existe aussi, à Paris, des clusters de ces noms devenus imprononçables : je pense notamment, du côté de la place de Clichy, à la place Blanche (mes doigts saignent sur le clavier en écrivant ce mot) entourée du métro Blanche et de la rue Blanche. Ça fait beaucoup pour un quartier cosmopolite : n'est-ce pas jeter intentionnellement de l'huile sur le feu et cracher à la face des minorités un vomi apologétique de suprémacisme ?
Il y a aussi la rue Cler dans le VIIe arrondissement, dont il faut régler le cas. Certes, ça ne s'écrit pas de la même manière que "clair" mais ça se prononce pareil et c'est susceptible de créer des amalgames funestes dans l'esprit de nos chers analphabètes, chaque jour plus nombreux.
Globalement, il convient d'accepter que le vocabulaire des langues occidentales est infesté de cette diarrhée verbale aux connotations moribondes, héritage infect des exactions des colonisateurs dont nous porterons à jamais la marque maudite sur notre visage au teint trop rose. Nous n'en sortirons pas sans prendre des mesures radicales. En vue de cette table rase, je suggère donc de suspendre l'usage des langues auto-proclamées classiques et d'adopter officiellement, dès que possible, le seul langage viable qui pourra être utilisé à terme : l'emoji. Cela réglerait, en même temps, l'éternel problème d'une soi-disant baisse du niveau général dans l'Education nationale.